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Les nuits blanches des petits hôteliers
Posté par admin le 15.1.2009 @ 10:21 Dans Tendances | Aucun commentaire
« C’est un cri d’alarme. Je ne voudrais pas les voir disparaître ». S’excusant à demi-mot de la dureté de certaines remarques, Mark Watkins, président du Comité de la modernisation de l’hôtellerie française, présente les résultats d’une étude menée auprès de 196 hôtels indépendants dotés de moins de 25 chambres. Ce secteur totalise 15 000 établissements en France. Ils sont majoritairement doublement étoilés, situés à la campagne, disposant le plus souvent d’un restaurant et d’une salle de bar.
L’étude met en évidence la grande fragilité de ces micro-entreprises. Près d’un établissement sur deux est déficitaire ou en équilibre économique précaire. Et si ces dernières années ont été encourageantes, 2008 s’annonce comme un mauvais cru. « On aurait pu penser que les plus petits hôtels seraient les plus fragilisés mais ce n’est pas forcément le cas : ils ont généralement adopté un modèle de gestion fait de beaucoup d’économies, avec pas ou peu de personnel et où le dirigeant se rémunère au minima », souligne l’étude.
Cette organisation a un coût humain : beaucoup se paient peu voire pas du tout, travaillent 12 à 15 heures par jour, sept jours sur sept. 70 % de ces entrepreneurs travaillent avec leur conjoint (dans 15 % des cas avec leurs enfants) et les deux tiers de ces hôteliers ont moins de cinq salariés à l’année. Ils font en revanche appel aux emplois saisonniers, aux apprentis et aux stagiaires pour faire face aux pics d’activité. Un sentiment de découragement domine : plus de 56 % d’entre eux souhaitent vendre à court terme leur affaire.
L’étude apporte cependant quelques pistes d’amélioration pour une meilleure rentabilité. Mark Watkins s’étonne par exemple que le tarif des chambres soit le plus souvent fixé en fonction d’un concurrent qui lui-même s’aligne sur d’autres concurrents. « C’est l’histoire de la poule et de l’œuf. Le problème est qu’ils ignorent leurs coûts de revient, en particulier le montant des amortissements », décrypte le président du Comité. De ce fait, ils ne connaissent pas leur rapport qualité/prix et la réaction des clients à leur niveau de tarifs.
L’étude pointe aussi la faible implication commerciale, sans doute causée par la surcharge de travail au quotidien. Certes 74 % des répondants sont cités dans un ou plusieurs guides - le Michelin et le Routard notamment - mais rares sont ceux qui engagent des actions de prospection, de relation presse ou de mailings. Et si 67 % sont adhérents à une ou plusieurs centrales de réservation, peu d’entre eux tiennent à jour leur planning. Même constat mi-figue mi-raisin concernant l’Internet : 77 % des hôtels ont un site mais « certains ne sont pas du tout vendeurs, avec des photos repoussantes et surtout une absence de système de réservation en ligne », selon Mark Watkins. « Ils ne vont pas jusqu’au bout de la démarche. C’est comme avoir une jolie vitrine mais laisser le rideau baissé », regrette-t-il. « En misant un peu plus sur l’approche commerciale, beaucoup d’hôtels gagneraient en fréquentation ». Une note d’espoir donc.
Paisible au cœur de Béziers, bordé par un jardin à l’anglaise, l’hôtel des poètes fonctionne grâce à l’investissement des gérantes qui lui consacrent 15 heures par jour. L’une opérait en marketing international dans un groupe de cosmétique. L’autre s’escrimait sur les courts de tennis, joueuse semi-professionnelle. Toutes les deux se sont associées pour racheter un petit établissement. Elles ont jeté leur dévolu sur un hôtel situé dans le centre de Béziers, séduites par son potentiel : entre la gare et le centre-ville, il borde le parc des poètes, jardin à l’anglaise.
« Nous étions de grosses consommatrices d’hôtels mais rarement satisfaites de l’accueil, du service humain. Nous avions parfois l’impression d’être des numéros de chambres, développe Christelle. Notre stratégie, c’était d’être aussi loin que possible de hôtellerie de masse : nous avons conçu une décoration propre à chaque pièce, l’accueil est chaleureux, nous offrons un service de voiturier et proposons au petit-déjeuner des confitures maison ». S’affirme ainsi la volonté de fonder un hôtel deux étoiles de charme, confortable mais sans luxe ostentatoire et au tarif abordable (55/60 euros en moyenne la nuit). Un prix dicté par la concurrence alentour trop bon marché pour atteindre rapidement la rentabilité. « Nous avons privilégié l’approche commerciale à la logique économique. Une chambre vide ne rapporte rien », résume Christelle.
Comme beaucoup d’hôteliers, Christelle et Florence n’ont pas entrepris d’actions commerciales, perçues comme superfétatoires alors que l’hôtel est souvent au complet. Par le « bouche à oreille », plusieurs journalistes sont toutefois venus les rencontrer. C’est ainsi que « [1] l’hôtel des poètes » s’est retrouvé dans les pages du « Sunday Times ». « Je parle quatre langues. Dans le métier, c’est franchement un atout », précise Christelle. L’établissement accuse cependant une faiblesse : il ne dispose que de 14 chambres. « Afin d’être rentables, nous sommes condamnées à beaucoup travailler. Pour être à l’aise, il nous faut atteindre un taux moyen annuel d’occupation de 80 % ». A l’instar de confrères, elles travaillent une quinzaine d’heures par jour, de 7h30 à 21h30. « Et encore, n’est-il pas rare de recevoir un coup de fil en pleine nuit pour une réservation pour les vacances de l’été 2009 ! », persifle Christelle. L’hôtel n’a en effet pas les moyens d’employer un gardien de nuit. Seules sont salariées une employée de ménage et une réceptionniste pour les week-ends. Christelle et Florence ne se dégagent qu’un salaire moyen de 1000 euros. La grosse partie des bénéfices étant réinjectée dans l’entreprise pour accélérer sa montée en puissance. « Nous pensons vendre à moyen terme », souffle Christelle, fatiguée. Une nouvelle reconversion est envisagée. Mais ni l’une ni l’autre, accaparées par la fureur du quotidien, n’ont le temps d’y penser.
Source : Fabien Fournier Le Figaro
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[1] l’hôtel des poètes: http://www.hoteldespoetes.net/
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