Les périodes de crises sont des moments propices pour rechercher à faire les choses différemment dans le simple but de maintenir voire de redresser le niveau d’activité. Nous avons récemment parlé de stratégie de prix et de produits, regardons aujourd’hui le trafic dans un de ses aspects souvent négligé, la réservation. C’est un sujet d’autant plus opportun que chaque réservation de gagnée représente un client en plus qui ne serait pas venu car, par définition, celui qui réserve n’est pas un client de passage.
Le restaurant Au Bout Des Doigts à Lille en a fait une des armes de sa réussite actuelle avec, en semaine, un taux de réservation moyen proche de 50% qui peut atteindre 100% le samedi. Et les réservations sont réalisées, en moyenne, à 20% par Internet dont la très grande majorité directement via le site du restaurant qui offre cette fonctionnalité. Un client sur cinq qui arrive au restaurant par la toile, étonnant ! En dehors d’une certaine modernité dans le concept, ce n’est pas un établissement hors du commun : 100 places assises, Ticket Moyen de €35. Dans une catégorie très supérieure (!), le Jules Vernes réalise l’intégralité de son Chiffre d’Affaires par Internet qui s’avère être l’unique canal de réservation. Un cas isolé qui est difficile de considérer comme une référence, mais qui, peut-être, préfigure un certain aspect de la réservation de demain.
Un restaurant ne vend pas vraiment du temps d’occupation d’un certain espace (contrairement à d’autres secteurs tels que l’hôtellerie ou le transport aérien) mais cette notion n’en est pas moins un élément crucial de son activité et de sa rentabilité (Cf. le concept de Revenu Par Place Disponible par tranche horaire dans une précédente rubrique). Le principe de la réservation en restaurant est sujet à des limites ou des contraintes de capacité, de comportement consommateur et de gestion de l’attribution des places. En fait, à l’exception d’une minorité d’établissements plutôt haut de gamme, il n’y a pas véritablement de stratégie pour les réservations qui sont gérées de façon empirique et improvisée à l’aide d’un carnet et d’un téléphone fixe comme au siècle dernier. A croire que l’informatique et le portable n’existent pas. La réservation répond à des us et coutumes ancestraux et elle ne sera pas facile à faire évoluer sans risque d’altérer la satisfaction de la clientèle.
Si toutes les personnes qui ont réservé se présentent à l’heure dite, au complet et restent à table un temps raisonnable c’est parfait. Mais la réalité est toute autre et le processus de réservation nécessite des régulations à l’initiative du restaurant telles que la modification ou l’accélération du rythme du service, la prévision du nombre de réservations, des clients de passage et des groupes, ou encore l’attribution et la répartition des tables et le surbooking éventuel. Le client fait face aux pratiques établies par le restaurant qui peuvent être étendues à une garantie pour que la réservation sera effectivement honorée. Trop de consommateurs peu scrupuleux « oublient » d’annuler ou bien réservent sous un nom d’emprunt… Pour mémoire, l’obligation de fournir un numéro de carte bancaire au moment de la réservation est la règle en hôtellerie. Pourquoi le consommateur qui admet d’être débité du prix de la chambre réservée s’il ne vient pas refuserait-il une caution similaire à un restaurant ?
La cible visée ici n’est pas celle des habitués ou de ceux qui ont les coordonnées du restaurant et qui passeront un coup de fil comme d’habitude, mais celle des consommateurs qui ne connaissent pas le restaurant et dont le parcours de recherche d’un lieu ne les amènera pas à passer devant. Comment manager ce flux de clients et rentabiliser le service ?
1/ Internet. Que ce soit par un accès avec un ordinateur ou un smart phone, la présence du restaurant sur les sites de référencement et de localisation est devenue incontournable. Le problème est qu’il y en a pléthore (2,8 millions de pages référencées par Google), alors mieux vaut être sur les plus performants et pertinents. Ces sites constituent un passage obligé parce que de plus en plus utilisés par les personnes en déplacement ou étrangères à la zone de chalandise. Une certitude : les établissements qui ne s’y trouvent pas ratent une occasion de visite qui se fera chez un concurrent référencé. Second point : les plateformes de réservation en ligne se développent à grande vitesse en France (La Fourchette, Restopolitan, Opentable…) et proposent toutes d’acheminer l’intégralité de la réservation jusqu’au restaurant, placement dans la salle et constitution d’un fichier clients compris. Leur inconvénient est l’intégration de leur système dans celui du restaurant et, éventuellement, leur coût. Troisième élément sur Internet et, assurément, le plus important : le site même du restaurant. Il doit impérativement inclure la possibilité de réserver en ligne intégrant les disponibilités par tranches horaires et par jour actualisées en temps réel sur le nombre de places dédiées à la réservation. Un site n’est pas fait pour être simplement visité mais pour réserver, et peu importe le nombre total de clics ; seuls ont de la valeur les clics qui se transforment en cash !
2/ No-show et late-show. Comment éviter que des clients qui ont réservé ne se présentent pas ou arrivent en retard ? Le meilleur moyen est assurément un pré paiement par carte bancaire au moment de la réservation. Usage répandu aux Etats-Unis et adopté par le Jules Vernes où réserver n’est possible qu’à la condition de régler par avance un montant forfaitaire de 200 Euros par convive. Dans le cas où le client ne vient pas (à ce prix là, le risque est faible…) le restaurant aura gagné le prix de vente du menu, il aura économisé son coût matière et ne sera affecté que par le manque à gagner sur le vin. Un no-show très rentable ! Ce qu’Alain Ducasse peut se permettre sans offusquer personne n’est pas à la portée du restaurateur moyen, mais rappelons encore une fois que c’est la règle absolue dans l’hôtellerie, toutes catégories confondues : pas de règlement anticipé, pas de chambre réservée. Il est également possible d’envisager le paiement d’un forfait au moment de la réservation qui serait, ensuite, défalqué du montant de l’addition. Après tout, c’est un supplément de service de savoir que « votre » table « vous » attend et est prête. En attendant que cette pratique s’étende, le minimum consiste à faire en sorte que le restaurant soit joignable à toute heure pour que le client puisse prévenir d’un contre temps ou d’un retard. Malgré tout, cela n’évite pas que d’autres clients puissent été refusés ou qu’une table reste inoccupée trop longtemps.
3/ Temps d’occupation. Comment faire pour qu’une table se libère pour les clients qui attendent, a fortiori pour un groupe qui a réservé à l’heure dite ? Si rien ne bouge, l’impatience monte autant chez ces clients que chez le restaurateur. Situation délicate qui n’a pas de solution toute faite. Pour s’en prémunir, une possibilité consiste à prévoir deux services et à les annoncer clairement sur le site Internet et au téléphone. Ainsi, si le second service débute à 22 heures, les gens du premier service ne seront pas surpris de devoir quitter leur table à ce moment là. Une bonne opportunité pour leur suggérer de continuer leur conversation devant un verre au bar.
En tout état de cause, ces hypothèses ou méthodes de management des réservations souffrent d’un manque d’analyse et de feedback de la part du consommateur. Une étude é été réalisé fin 2007 par Cornell University sur un échantillon de 1230 personnes de New York afin de recueillir leurs réactions sur certaines pratiques. En voici quelques conclusions :
- Les principales attentes du consommateur à propos d’une réservation sont de pouvoir appeler pour annuler ou prévenir d’un retard et que la table soit libre et prête dès l’arrivée.
- La garantie de réservation par carte bancaire est largement acceptée, néanmoins 14% des consommateurs ne l’apprécient pas du tout.
- Une majorité de consommateurs rejette l’idée qu’on lui demande de libérer la table sitôt le repas terminé, même si cette pratique est courante.
- L’immense majorité comprend et accepte la politique qui consiste à ne garder une table libre que pendant un certain temps et de la donner à d’autres personnes à la place de ceux qui sont en retard. Mais tout dépend de cette notion de « un certain temps ».
- Le rejet le plus fort concerne l’éventualité de payer un prix plus élevé pour pouvoir réserver une table dans un lieu très fréquenté.
La France n’est pas les Etats-Unis où il existe même des sites qui ont la curieuse activité d’être spécialisés dans les réservations pour ensuite les revendre aux consommateurs intéressés. Nous sommes encore loin du Revenue Management mais le marketing de restauration se rapproche - doucement - du marketing hôtelier et il est certain que la réservation doit s’adapter au contexte technologique et culturel du 21ème siècle pour améliorer la rentabilité du restaurant. Cette modernisation portera sur trois pôles : la dimension relationnelle et humaine, le service client, la courtoisie qui sont toujours et encore perfectibles constitue le premier. Le second est l’Internet et l’équipement qui va avec, pourvu qu’il soit simple et rapide d’utilisation pour le restaurateur autant que pour le consommateur. Enfin, le troisième est de trouver une façon de « sécuriser » la réservation au sens économique du terme. La professionnalisation de la réservation est une question d’attitude pour les uns, de temps pour les autres, d’évidence pour tous.
Bonne fin d’année à tous.
N’hésitez pas à réagir ou à poser des questions en écrivant à tp@thierrypoupardservices.com
Chronique bimensuelle n°53 du 11 décembre 2008
Source : neorestauration.com
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11.5.2010 à 19:24
Bonjour,
Je viens modestement apporter quelques éléments d’informations sur cet article fort intéressant et qui je suis certain donnera une vision plus large de ce marché en plein expansion.
Comme l’explique Thierry Poupard, les technologies évoluent au même rythme que le marché intimement lié au besoin (demande) du Client.
Au sujet du paiement en ligne, je suis d’une opinion relative (voir opposée dans le temps) à ce procédé-là pour la réservation en ligne restauration. Sans rentrer trop dans le détail de cet aspect-là, je pense que le mieux sera de vous donner un contexte de son utilisation (Business), afin de bien comprendre ce que génère ce type de procédé. Lorsque qu’un internaute réserve un “Menu” il faut bien comprendre qu’il existe deux modèle commerciaux bien distincts sur deux segments du marché de la réservation en ligne B2C et B2B.
Premier cas de figure, lorsque le “Menu” réservé transite par un “Business Partenaire” (centrale de réservation, site Web de réservation etc.), il s’inscrit dans une offre B2B, donc le Partenaire Commercial (Site internet de réservation, centrale de réservation etc.) est bien évidemment tenu de garantir son C.A (vente en ligne) afin de s’assurer de ses reversements de commission pris à la source (paiement en ligne) Il faut donc comprendre que ce type d’offre B2B intègre des offres restauration négociées entre le “Business Partenaire” et le Restaurant. Nous pouvons donc dire que l’outil technologique de réservation en ligne n’a pas lieu d’être sur ce type d’offre puisque le principe même d’un système de réservation en ligne restaurant n’a pas pour but de générer des ventes de “Menus”, mais du remplissage de tables/couverts pour le compte du restaurant (optimisation du trafic)
Dans le second cas de figure, imaginons qu’un outil de réservation en ligne restauration propose à la vente en ligne à travers le site web du restaurant des “Menus”, cela impliquerait un reversement de commission important par le Restaurateur à son “Business Partenaire”! (centrale de réservation, site internet de réservation etc.) Ce qui fait preuve d’une incohérence totale sur un plan Marketing et Politique Entreprise (Restaurant) puisque le Restaurant ne souhaite pas dépendre de son “Business Partenaire” sur ses propres ventes (réservations, Menus etc.) C’est une RÉALITÉ!!
Par ailleurs, imaginez un peu le nombre de litiges et problèmes éventuels que devrait gérer le Restaurateur dans le cas de No Show ou d’annulations! Un restaurant n’a pas le temps et les moyens de prendre en charge tous ces soucis. C’est donc à son “Business Partenaire” de s’en charger, et donc nous revenons au premier cas de figure ci-dessus.
Pour vous donner un parallèle de mon analyse, un Restaurant n’aura aucun intérêt de contracter un outil de réservation en ligne sur son site internet via un “Business Partenaire”, s’il est dans l’obligation de reverser systématiquement une commission sur tous les couverts de ses propres réservations transitant via son site internet! (2,00EUR.H.T/couvert en moyenne + un abonnement mensuel variant entre 50,00EUR.H.T/an et 110,00 EUR.H.T/an!)
Donc, le paiement en ligne de “Menu” sur le site internet du Restaurant n’est pas une solution conseillée, mais à éviter pour l’instant… D’ici quelques temps, des prestataires technologiques (Business Partenaire) proposeront des outils de réservation en ligne Restaurant, incluant une fonctionnalité distribuant des offres (Menus, Promotions etc.) par le biais d’un abonnement annuel variant entre 150,00 EUR H.T/an/licence et 300,00EUR.HT/an/licence, sans aucune commission à reverser sur les réservations au prestataire technologique (Business Partenaire)
Dans ce dernier-cas, le paiement en ligne sera fort intéressant pour le Restaurateur!!, et je rejoints donc la position de Thierry Poupard à ce sujet.
Un exemple de Fournisseur Technologique qui fait parler de lui en ce moment, BookingTables.com & Resae.com qui se sont unis pour distribuer un outil de réservation en ligne Hôtel et/ou Restaurant, simple, puissant et à moindre coût, capable d’ouvrir des canaux de réservation en toute simplicité vers des Centrales de Réservation Partenaires comme Best Gourmet du Bottin Gourmand et prochainement Tables & Auberges de France. Voici leurs lien Web:
http://www.bookingtables.com
http://www.tables-hotels.com
http://www.resae.com
Cordialement,
Diki