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Le classement en chantier

Posté par admin le 8.9.2008 @ 10:33 Dans Ministère en charge du Tourisme | Aucun commentaire

Vieux de 20 ans, les critères d’obtention des étoiles sont devenus obsolètes. Les professionnels de l’hôtellerie avaient entrepris de les toiletter, mais sans consulter les consommateurs. Un « oubli » partiellement réparé par le secrétariat d’État au tourisme. Le nouveau système de classement devrait entrer en vigueur en 2010.
La refonte du système de classement actuel (zéro, une, deux, trois ou quatre étoiles) est le serpent de mer de l’industrie hôtelière. Figée depuis 1986, cette hiérarchie repose sur des critères obsolètes qui ne reflètent plus la réalité du secteur. La taille minimale des chambres, par exemple, est dérisoire : 7 m2 en catégorie une étoile, 12,5 m2 pour deux personnes en trois étoiles ! Un établissement deux étoiles peut aussi proposer des chambres avec des sanitaires isolés de la pièce principale par un simple paravent. Les exigences d’isolation acoustique sont faibles, pour ne pas dire inexistantes, alors que le bruit est de très loin le premier motif d’insatisfaction des clients. En revanche, tout hôtel classé doit disposer d’une cabine téléphonique, bien évidemment désuète à l’heure des portables.

Moquettes défraîchies
Résultat, à l’heure actuelle, « à côté de très bons établissements, on trouve des deux étoiles calamiteux et des trois étoiles décevants », note Marc Watkins, président du Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française, qui rassemble des hôteliers indépendants et des experts. « Le respect formel des critères s’accommode de tapisseries à fleurs des années 1970, de moquettes défraîchies et de télés façon chambre d’hôpital. La confiance dans le classement est ébranlée au point que d’excellents hôtels ne cherchent même plus à être étoilés, ce qui achève de rendre l’ensemble illisible », déplore Marc Watkins.

Conscient des enjeux, le Comité pour la modernisation de l’hôtellerie française a demandé une refonte des critères. L’État a donné son feu vert fin 2006. Il a mis sur les rails une commission associant professionnels, experts, associations de consommateurs et tours opérateurs. Hélas, sur fond de changement de gouvernement et de remaniement ministériel, elle a été mise en sommeil pendant des mois. Quand elle a été relancée, début 2008, c’était avec les seuls syndicats hôteliers aux commandes (1)…

Imposture
Ces derniers ont donc élaboré leur projet de réforme en vase clos, avant de le rendre public cet été. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas entièrement convaincu. Dans un manifeste au vitriol, le Comité pour la modernisation le qualifie de « galimatias désolant […], de bouffonnerie ou d’imposture » !

Au premier regard pourtant, la nouvelle grille de classement semble très détaillée. Elle crée cinq catégories, allant de une à cinq étoiles, avec une longue liste de normes obligatoires et de normes recommandées. Selon Marc Watkins, c’est précisément là que le bât blesse. « Le nombre impressionnant de recommandations peut donner le change, mais les critères obligatoires sont trop imprécis pour induire une amélioration significative de l’offre. »

Proposition taillée sur mesure pour Formule 1
Illustration emblématique, la taille minimale des chambres. Elle reste quasiment inchangée en deux ou trois étoiles et diminue même de 1 m2 pour les chambres doubles en une étoile, qui passeraient de 9 à 8 m2 ! « C’était une proposition taillée sur mesure pour Formule 1, la chaîne à bas prix du groupe Accor, qui a largement écrit le projet des syndicats hôteliers », note Marc Watkins. Le poste de télévision ne devient obligatoire dans toutes les chambres qu’à partir de la quatrième étoile, et rien de contraignant n’est spécifié au sujet des petits déjeuners. Le Comité pour la modernisation s’est livré à un exercice édifiant. Il a dressé le portrait-robot de la pire chambre possible en deux étoiles, selon les nouveaux critères. Résultat : une cage de 8 m2 sans sanitaires, sans télévision, sans téléphone, séparée de la chambre voisine par une simple paroi en contreplaqué, avec une serpillière comme rideau et du pain sec et de l’eau au menu du matin…

Manifestement hésitant, le secrétaire d’État au tourisme, Hervé Novelli a demandé à ce que la refonte proposée soit soumise à un panel de consommateurs. Malheureusement, les associations, comme l’UFC-Que Choisir, seront tenues à l’écart. Le panel sera constitué par un cabinet privé.

Le nouveau classement devrait donc être amendé dans les prochaines semaines. La cinquième étoile, distinguant les hôtels de grand standing, entrerait en vigueur à la fin de l’année. Le reste de la grille rénovée, en revanche, demande une nouvelle loi. Elle ne sera pas votée avant le printemps prochain, pour une entrée en vigueur éventuelle en 2010.

L’hôtellerie française en chiffres

- 17 400 hôtels classés, 10 000 environ non classés.
- Un quart des hôtels classés seraient « vieillissants », un tiers « à bout de souffle », nécessitant une rénovation lourde (source : Comité pour la modernisation de l’hôtellerie).
- Prix moyens d’une chambre en juillet 2008 : 41 euros en une étoile ; 67 euros en deux étoiles ; 137 euros en trois étoiles. Les tarifs ont augmenté de 41 % depuis janvier 2001, contre 17 % pour l’inflation (source : Insee).
- 27 millions de clients annuels, dont deux tiers de Français.

Erwan Seznec

1. Umih, Synhorcat, Faghit, Gnc et Cpih.

Source : quechoisir.org


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